CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 262

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936 16 Mai

{CHAMBRE}

Je sais bien que l'attitude de la Chine et même l'éventualité d'un conflit avec elle n'inquiète pas tout le monde. Ainsi l'honorable M. Blancsuba a fait justice en deux lignes du fantôme chinois. Voici comment il s'exprime:

La Chine n'a pas à intervenir dans les affaires qui ne la regardent pas. Elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. C'est tout! (On rit.)

Il y a deux ans, j'avais posé la même question à M. le président du conseil, qui était alors M. Jules Ferry, comme aujourd'hui, et M. le président du conseil me répondit, non pas dans les mêmes termes, mais à peu près dans le même sens que M. Blancsubé. J'espère que sa diplomatie est un peu moins sommaire aujourd'hui, et je lui demande de vouloir bien nous dire quelles précautions il a prises, quelles garanties il peut nous offrir contre l'éventualité du danger que je viens de signaler. (Très bien à droite.)

Je pourrais citer de nombreux faits, qui prouvent que la Chine suit d'un œil jaloux et presque hostile ce que nous faisons au Tonkin. Je pourrais parler des agressions qui ont eu lieu en mars dernier contre notre corps d'occupation, et de certaines concentrations de troupes qui se font aujourd'hui aux frontières de Tonkin; mais je ne retiendrai qu'un incident, parce qu'il a une importance particulière en cette question: je veux parler, messieurs, de la disgrâce de Bourée.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

M. Jules Delafosse. C'est précisément parce que l'armée chinoise d'aujourd'hui n'est pas l'armée chinoise de 1860, que je fais cette objection. Je sais bien que l'organisation militaire de la Chine est toujours défectueuse; je sais que son immense armée n'est aussi qu'une immense cohue, mais il est certain et vous ne devez pas l'ignorer, et le Gouvernement doit l'ignorer moins que personne, cette cohue il y a des troupes d'élite, organisées, disciplinées à l'européenne, armées de fusils à tir rapide, de canons européens, et dirigées par des instructeurs européens.

Année 1883

disposition toute la région minière, M. Paul Bert, les armes ont changé, mais les soldats sont les mêmes.

Je crois, messieurs, qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur cette question; il suffit de l'indiquer. Mais il est entendu que la Chine possède aujourd'hui des forces suffisantes pour susciter à la France les plus graves difficultés.

Vous ferez, messieurs, à ces considérations la part qu'il vous plaira dans le vote que vous allez émettre. Je me contente de dire que depuis longtemps vous n'aurez pas pris de résolution de plus grave conséquence. (Très bien à droite.)

Telles sont, messieurs, les observations que j'avais à faire. Je n'ai pas la prétention d'avoir triomphé par ces critiques de la confiance que vous pouvez avoir dans l'expédition, mais le seul but que je voulais atteindre, c'était d'amener le Gouvernement à préciser, à définir, à limiter, comme je l'ai dit en commençant, l'œuvre à laquelle il nous convie.

Vous avez appris que notre agent diplomatique à Pékin, M. Bourée, a été rappelé ou disgracié, j'ignore encore quel est le genre de disgrâce qui l'a frappé - parce qu'il avait signé avec le gouvernement chinois un traité ad referendum dont le cabinet actuel n'a pas cru devoir ratifier les stipulations.

M. Jules Delafosse. Je vais vous le dire. J'en parle pour deux raisons d'abord parce que je pense qu'à la veille d'une expédition qui peut entraîner un conflit avec la Chine, nous avons besoin d'être édifiés sur le caractère de ce traité, sur ses dispositions, sur les raisons qu'a eues M. Bourée de le signer, et le Gouvernement de le désavouer.

Je sais bien qu'une chance de guerre avec la Chine n'épouvante pas tout le monde ici. Il ne manque pas de gens en France, dans le Parlement et dans la presse, qui se contentent de hausser les épaules lorsqu'on leur parle de l'éventualité d'une guerre avec la Chine.

M. le président. La parole est à M. le ministre des affaires étrangères.

M. Challemel-Lacour, ministre des affaires étrangères. Messieurs, l'honorable orateur qui descend de cette tribune m'a ouvert un champ que je n'ai nullement l'intention de parcourir, quant à présent, dans toute son étendue. Les préoccupations qu'il a manifestées, fort naturelles en elles-mêmes, méritent assurément d'être prises en considération, encore qu'elles soient peut-être un peu exagérées dans leur intention assez claire de prendre le Gouvernement en faute ou d'ignorance ou d'imprévoyance.

J'y réponds immédiatement, messieurs, en vous disant que les faits et les indices dont M. Delafosse s'alarme ne nous paraissent pas à l'heure qu'il est de nature à causer de bien sérieuses inquiétudes.

La Chine, messieurs, est un vaste empire qui couvre une immense superficie, qui comprend une population innombrable, mais qui, par le principe même de sa civilisation, lequel place au dernier rang le métier des armes...

M. le comte de Douville-Maillefeu. C'est cela!

C'est, messieurs, le 29 décembre que, par un télégramme assez court, la nature des négociations dans lesquelles cet agent se trouvait engagé, a été portée pour la première fois à la connaissance du Gouvernement. Il indiquait, en quelques mots, les conditions: ouverture du Yunnan, par la Chine, au commerce européen; reconnaissance de notre protectorat sur le Tonkin moyennant une délimitation nouvelle de la frontière; garantie réciproque de l'ordre de choses ainsi établi.

Tout cela était, ou du moins nous a paru illusoire et dangereux; on croyait avoir assuré la paix, on avait créé une source de conflits et de guerres.

Aussi lorsque ces conditions transpirèrent, elles produisirent aussitôt dans tout l'Orient une impression, dont le contre-coup se fit promptement sentir au Tonkin et en Cochinchine. On se demanda, et le département de la marine, interprète de l'opinion de nos nationaux et des étrangers, nous fit part de cette impression, on se demanda si la France ne se préparait pas à une nouvelle retraite plus désastreuse que la première.

Je dois déclarer que le Gouvernement n'hésita pas un moment; il comprit qu'il lui était impossible de sanctionner de semblables conditions, d'entrer dans une pareille politique, et qu'il devait le signifier par acte d'un caractère incontestable. Notre agent en Chine fut rappelé.

Il se peut, messieurs, qu'un fonctionnaire de mérite, qu'un agent intelligent se trompe ou soit trompé; il peut s'abuser par des motifs qui font honneur à son patriotisme; mais il peut arriver aussi qu'une telle erreur le rende impossible dans le poste qu'il occupait, et incapable de servir utilement une politique et des idées dont il s'est gravement écarté.

Ces conditions n'avaient rien qui fût de nature à contrarier les desseins dont le gouvernement poursuivait dès lors la réalisation. L'ouverture du Yunnan par la Chine au commerce européen pouvait être considérée comme un succès; la reconnaissance de notre protectorat sur le Tonkin, encore qu'il n'y eût aucune raison de la demander au, pouvait néanmoins être envisagée comme un avantage, à condition que cette reconnaissance eût pour effet de couper court à l'envoi des bandes chinoises dans le Tonkin; une rectification de frontières pouvait être commandée par la géographie et mériter, dans tous les cas, considération.

DEBATS PARLEMENTAIRES

203

16 Mai

{CHAMBRE}

937

des rapports que nous pouvions tolérer autrefois, mais qu'à l'heure actuelle et en présence des prétentions de la Chine, des dispositions de l'Annam lui-même, il nous est impossible de supporter. (Très bien! très bien!)

La Chine a un autre rêve, moins vague, moins héroïque, mais non moins chimérique: c'est d'avoir un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent, qu'elle a dominés à une époque quelconque de son histoire, qu'elle a vaincus, sur le Siam, sur la Corée, sur la Birmanie, sur l'Annam, sur le Tonkin, sur le Thibet.

Ces prétentions, messieurs, elles sont peut-être pour la Chine un moyen de gouvernement et, à ce titre-là, nous ne songeons pas à nous en alarmer. Nous espérons, nous persistons à espérer que la Chine résistera sagement à des excitations dont l'origine est connue et dont vous avez pu trouver récemment l'écho dans les avertissements suspects, dans les sombres prophéties qui remplissent les journaux de plus d'un pays.

Depuis le commencement du quinzième siècle, l'Annam et le Tonkin se sont soustraits à l'autorité de la Chine, de telle sorte que le droit de suzeraineté qu'elle s'arroge sur ce pays ressemble, ou peu s'en faut, à celui que l'Angleterre pourrait s'arroger sur la France en invoquant les souvenirs de la guerre de Cent ans.

M. le baron Reille. Cela n'a aucun rapport avec la question!

M. le ministre. Mais je ne fais, messieurs, qu'une simple analogie qui peut être erronée, mais si cette analogie vous paraît fausse et vous touche peu, j'aurai l'honneur de vous présenter d'autres arguments.

Voix à droite. Cela vaudra mieux!

Un membre à droite. Parlez-nous plutôt de la doctrine de Monroe.

M. le ministre. Messieurs, puisqu'il le faut, j'entrerai dans le détail et je demanderai si l'on croit que les cadeaux que l'empereur d'Annam, car c'est le titre qu'il se donne, envoie non pas à l'empereur de la Chine, mais au Fils du ciel, qui sont reçus non pas par le ministère des affaires étrangères, au Tsong-ly-Yamen, mais par le ministère des rites, et auxquels l'empereur de la Chine répond par d'autres présents plus considérables, vous paraissent une démonstration suffisante de rapports de suzeraineté et de vassalité qui existeraient entre les deux pays, ou bien si ce n'est pas simplement un signe de courtoisie, un hommage intéressé rendu par le faible au fort qu'il veut se concilier, ou dont quelquefois il veut se faire un auxiliaire contre un autre ennemi.

Pour toutes ces raisons, M. Duclerc a donné un assentiment, d'ailleurs fort réservé, aux conditions qui lui étaient soumises. Par malheur, les indications sommaires du télégramme n'étaient pas suffisantes pour lui donner une idée exacte de la nature des négociations dans lesquelles notre agent se trouvait engagé.

Il faut que vous sachiez quelles sont les prétentions du gouvernement chinois. Tout peuple, tout grand empire a son rêve, fort de son action, souvent le principe de sa grandeur. Le rêve de la Chine, c'est d'être en possession d'un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent.

DEBATS PARLEMENTAIRES

M. Jules Delafosse. C'est une posture héroïque, dira M. le président du conseil...

M. le ministre des affaires étrangères. ...ne sera jamais une puissance militaire.

Nous ne pensons pas que les prétentions qu'elle a élevées et qui vous sont connues aient un caractère purement platonique.

Ces affirmations reposent aussi sur certains aveux d'un diplomate éclairé, avec lequel nous avons été, ou plutôt mes prédécesseurs ont été amenés à interrompre momentanément toute communication - le marquis de Tseng, qui reconnaissait un jour que les Pavillons noirs étaient à la solde du roi de Thaï-Dac, mais que la Chine ne voulait pas s'en émouvoir et ne songeait pas à s'en plaindre pour ne pas se brouiller avec ce prince.

Voilà, messieurs, la puissance militaire du suzerain qui s'étonne et qui tremble devant le vassal, devant un vassal dont nous avons eu l'occasion d'apprécier, dont nous connaissons par expérience les forces militaires.

Messieurs, je n'insiste pas sur ces courtes observations qui suffiront peut-être pour rassurer, dans une certaine mesure du moins, le patriotisme alarmé de M. Delafosse.

Nous ne pensons pas que la Chine songe à intervenir dans les affaires du Tonkin, parce qu'elle n'y a point d'intérêt. Son véritable intérêt, à l'heure qu'il est, et elle ne l'ignore pas, c'est de vivre avec nous en bons termes, c'est que le Tonkin ne soit pas un refuge toujours ouvert aux perturbateurs, aux aventuriers qui pullulent dans les provinces toujours agitées du midi de la Chine, dans le Kouang-Si, dans le Yunnan, qui se ressent encore de cette insurrection mahométane qui ne s'est terminée qu'il y a quelques années.

(Rumeurs à gauche); ce n'est pas d'une bonne raison que M. Blancsubé prétend que la Chine d'aujourd'hui n'est pas du tout la Chine de 1860.

M. Jules Delafosse. Sans doute, les Chinois sont toujours des Chinois... (On rit.)

Un membre à droite. Mais les armes sont-elles les mêmes?..

Messieurs, le rappel de M. Bourée, notre agent à Pékin, a été motivé par les conditions qu'il avait acceptées et qui nous mettaient en voisinage trop direct avec la Chine. Il n'était plus question de reconnaître notre protectorat sur le Tonkin, il s'agissait de le partager.

Et puis, messieurs, qu'est-ce que cette suzeraineté intermittente, qui sommeille, qui se réveille selon l'occasion? Nous avons pris possession de la Cochinchine, qui faisait partie de l'Annam, pour avoir pris possession de six provinces; la Chine n'a rien dit. Nous avons fait acte de guerre en Corée, la Chine n'a rien dit; nous lui avons notifié le traité de 1874 sur le moment, elle n'a rien dit, et lorsque beaucoup plus tard, elle a allégué qu'il existait entre elle et l'Annam un certain lien, dont les expressions de suzeraineté et de vassalité, empruntées à la langue féodale, sont bien imparfaites, ce n'est pas à nous, messieurs, que la Chine devait faire ces représentations, c'est son vassal qu'elle devait rappeler au souvenir et à l'accomplissement de ses obligations.

Il y a, messieurs, certainement quelque avantage à ce que la Chine et la France ne soient pas en contact immédiat. Et c'est précisément parce que les conditions discutées et acceptées par notre agent à Pékin nous mettaient en voisinage trop direct avec la Chine qu'elles nous ont paru constituer un danger.

Si la Chine, écoutant de funestes conseils, au lieu de résister aux excitations dont j'ai parlé tout à l'heure, y cédait momentanément, nous n'avons pas à craindre d'elle, j'en ai la conviction, et c'est le sentiment unanime de tous ceux qui l'ont parcourue, habitée, étudiée; nous n'avons pas à craindre une guerre directe, qui n'est ni dans ses idées, ni dans ses habitudes.

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936 16 Mai {CHAMBRE} Je sais bien que l'attitude de la Chine et même l'éventualité d'un conflit avec elle n'inquiète pas tout le monde. Ainsi l'honorable M. Blancsuba a fait justice en deux lignes du fantôme chinois. Voici comment il s'exprime: La Chine n'a pas à intervenir dans les affaires qui ne la regardent pas. Elle ferait mieux de maintenir l'ordre sur ses propres frontières. C'est tout! (On rit.) Il y a deux ans, j'avais posé la même question à M. le président du conseil, qui était alors M. Jules Ferry, comme aujourd'hui, et M. le président du conseil me répondit, non pas dans les mêmes termes, mais à peu près dans le même sens que M. Blancsubé. J'espère que sa diplomatie est un peu moins sommaire aujourd'hui, et je lui demande de vouloir bien nous dire quelles précautions il a prises, quelles garanties il peut nous offrir contre l'éventualité du danger que je viens de signaler. (Très bien à droite.) Je pourrais citer de nombreux faits, qui prouvent que la Chine suit d'un œil jaloux et presque hostile ce que nous faisons au Tonkin. Je pourrais parler des agressions qui ont eu lieu en mars dernier contre notre corps d'occupation, et de certaines concentrations de troupes qui se font aujourd'hui aux frontières de Tonkin; mais je ne retiendrai qu'un incident, parce qu'il a une importance particulière en cette question: je veux parler, messieurs, de la disgrâce de Bourée. DÉBATS PARLEMENTAIRES M. Jules Delafosse. C'est précisément parce que l'armée chinoise d'aujourd'hui n'est pas l'armée chinoise de 1860, que je fais cette objection. Je sais bien que l'organisation militaire de la Chine est toujours défectueuse; je sais que son immense armée n'est aussi qu'une immense cohue, mais il est certain et vous ne devez pas l'ignorer, et le Gouvernement doit l'ignorer moins que personne, cette cohue il y a des troupes d'élite, organisées, disciplinées à l'européenne, armées de fusils à tir rapide, de canons européens, et dirigées par des instructeurs européens. Année 1883 disposition toute la région minière, M. Paul Bert, les armes ont changé, mais les soldats sont les mêmes. Je crois, messieurs, qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur cette question; il suffit de l'indiquer. Mais il est entendu que la Chine possède aujourd'hui des forces suffisantes pour susciter à la France les plus graves difficultés. Vous ferez, messieurs, à ces considérations la part qu'il vous plaira dans le vote que vous allez émettre. Je me contente de dire que depuis longtemps vous n'aurez pas pris de résolution de plus grave conséquence. (Très bien à droite.) Telles sont, messieurs, les observations que j'avais à faire. Je n'ai pas la prétention d'avoir triomphé par ces critiques de la confiance que vous pouvez avoir dans l'expédition, mais le seul but que je voulais atteindre, c'était d'amener le Gouvernement à préciser, à définir, à limiter, comme je l'ai dit en commençant, l'œuvre à laquelle il nous convie. Vous avez appris que notre agent diplomatique à Pékin, M. Bourée, a été rappelé ou disgracié, j'ignore encore quel est le genre de disgrâce qui l'a frappé - parce qu'il avait signé avec le gouvernement chinois un traité ad referendum dont le cabinet actuel n'a pas cru devoir ratifier les stipulations. M. Jules Delafosse. Je vais vous le dire. J'en parle pour deux raisons d'abord parce que je pense qu'à la veille d'une expédition qui peut entraîner un conflit avec la Chine, nous avons besoin d'être édifiés sur le caractère de ce traité, sur ses dispositions, sur les raisons qu'a eues M. Bourée de le signer, et le Gouvernement de le désavouer. Je sais bien qu'une chance de guerre avec la Chine n'épouvante pas tout le monde ici. Il ne manque pas de gens en France, dans le Parlement et dans la presse, qui se contentent de hausser les épaules lorsqu'on leur parle de l'éventualité d'une guerre avec la Chine. M. le président. La parole est à M. le ministre des affaires étrangères. M. Challemel-Lacour, ministre des affaires étrangères. Messieurs, l'honorable orateur qui descend de cette tribune m'a ouvert un champ que je n'ai nullement l'intention de parcourir, quant à présent, dans toute son étendue. Les préoccupations qu'il a manifestées, fort naturelles en elles-mêmes, méritent assurément d'être prises en considération, encore qu'elles soient peut-être un peu exagérées dans leur intention assez claire de prendre le Gouvernement en faute ou d'ignorance ou d'imprévoyance. J'y réponds immédiatement, messieurs, en vous disant que les faits et les indices dont M. Delafosse s'alarme ne nous paraissent pas à l'heure qu'il est de nature à causer de bien sérieuses inquiétudes. La Chine, messieurs, est un vaste empire qui couvre une immense superficie, qui comprend une population innombrable, mais qui, par le principe même de sa civilisation, lequel place au dernier rang le métier des armes... M. le comte de Douville-Maillefeu. C'est cela! C'est, messieurs, le 29 décembre que, par un télégramme assez court, la nature des négociations dans lesquelles cet agent se trouvait engagé, a été portée pour la première fois à la connaissance du Gouvernement. Il indiquait, en quelques mots, les conditions: ouverture du Yunnan, par la Chine, au commerce européen; reconnaissance de notre protectorat sur le Tonkin moyennant une délimitation nouvelle de la frontière; garantie réciproque de l'ordre de choses ainsi établi. Tout cela était, ou du moins nous a paru illusoire et dangereux; on croyait avoir assuré la paix, on avait créé une source de conflits et de guerres. Aussi lorsque ces conditions transpirèrent, elles produisirent aussitôt dans tout l'Orient une impression, dont le contre-coup se fit promptement sentir au Tonkin et en Cochinchine. On se demanda, et le département de la marine, interprète de l'opinion de nos nationaux et des étrangers, nous fit part de cette impression, on se demanda si la France ne se préparait pas à une nouvelle retraite plus désastreuse que la première. Je dois déclarer que le Gouvernement n'hésita pas un moment; il comprit qu'il lui était impossible de sanctionner de semblables conditions, d'entrer dans une pareille politique, et qu'il devait le signifier par acte d'un caractère incontestable. Notre agent en Chine fut rappelé. Il se peut, messieurs, qu'un fonctionnaire de mérite, qu'un agent intelligent se trompe ou soit trompé; il peut s'abuser par des motifs qui font honneur à son patriotisme; mais il peut arriver aussi qu'une telle erreur le rende impossible dans le poste qu'il occupait, et incapable de servir utilement une politique et des idées dont il s'est gravement écarté. Ces conditions n'avaient rien qui fût de nature à contrarier les desseins dont le gouvernement poursuivait dès lors la réalisation. L'ouverture du Yunnan par la Chine au commerce européen pouvait être considérée comme un succès; la reconnaissance de notre protectorat sur le Tonkin, encore qu'il n'y eût aucune raison de la demander au, pouvait néanmoins être envisagée comme un avantage, à condition que cette reconnaissance eût pour effet de couper court à l'envoi des bandes chinoises dans le Tonkin; une rectification de frontières pouvait être commandée par la géographie et mériter, dans tous les cas, considération. DEBATS PARLEMENTAIRES 203 16 Mai {CHAMBRE} 937 des rapports que nous pouvions tolérer autrefois, mais qu'à l'heure actuelle et en présence des prétentions de la Chine, des dispositions de l'Annam lui-même, il nous est impossible de supporter. (Très bien! très bien!) La Chine a un autre rêve, moins vague, moins héroïque, mais non moins chimérique: c'est d'avoir un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent, qu'elle a dominés à une époque quelconque de son histoire, qu'elle a vaincus, sur le Siam, sur la Corée, sur la Birmanie, sur l'Annam, sur le Tonkin, sur le Thibet. Ces prétentions, messieurs, elles sont peut-être pour la Chine un moyen de gouvernement et, à ce titre-là, nous ne songeons pas à nous en alarmer. Nous espérons, nous persistons à espérer que la Chine résistera sagement à des excitations dont l'origine est connue et dont vous avez pu trouver récemment l'écho dans les avertissements suspects, dans les sombres prophéties qui remplissent les journaux de plus d'un pays. Depuis le commencement du quinzième siècle, l'Annam et le Tonkin se sont soustraits à l'autorité de la Chine, de telle sorte que le droit de suzeraineté qu'elle s'arroge sur ce pays ressemble, ou peu s'en faut, à celui que l'Angleterre pourrait s'arroger sur la France en invoquant les souvenirs de la guerre de Cent ans. M. le baron Reille. Cela n'a aucun rapport avec la question! M. le ministre. Mais je ne fais, messieurs, qu'une simple analogie qui peut être erronée, mais si cette analogie vous paraît fausse et vous touche peu, j'aurai l'honneur de vous présenter d'autres arguments. Voix à droite. Cela vaudra mieux! Un membre à droite. Parlez-nous plutôt de la doctrine de Monroe. M. le ministre. Messieurs, puisqu'il le faut, j'entrerai dans le détail et je demanderai si l'on croit que les cadeaux que l'empereur d'Annam, car c'est le titre qu'il se donne, envoie non pas à l'empereur de la Chine, mais au Fils du ciel, qui sont reçus non pas par le ministère des affaires étrangères, au Tsong-ly-Yamen, mais par le ministère des rites, et auxquels l'empereur de la Chine répond par d'autres présents plus considérables, vous paraissent une démonstration suffisante de rapports de suzeraineté et de vassalité qui existeraient entre les deux pays, ou bien si ce n'est pas simplement un signe de courtoisie, un hommage intéressé rendu par le faible au fort qu'il veut se concilier, ou dont quelquefois il veut se faire un auxiliaire contre un autre ennemi. Pour toutes ces raisons, M. Duclerc a donné un assentiment, d'ailleurs fort réservé, aux conditions qui lui étaient soumises. Par malheur, les indications sommaires du télégramme n'étaient pas suffisantes pour lui donner une idée exacte de la nature des négociations dans lesquelles notre agent se trouvait engagé. Il faut que vous sachiez quelles sont les prétentions du gouvernement chinois. Tout peuple, tout grand empire a son rêve, fort de son action, souvent le principe de sa grandeur. Le rêve de la Chine, c'est d'être en possession d'un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent. DEBATS PARLEMENTAIRES M. Jules Delafosse. C'est une posture héroïque, dira M. le président du conseil... M. le ministre des affaires étrangères. ...ne sera jamais une puissance militaire. Nous ne pensons pas que les prétentions qu'elle a élevées et qui vous sont connues aient un caractère purement platonique. Ces affirmations reposent aussi sur certains aveux d'un diplomate éclairé, avec lequel nous avons été, ou plutôt mes prédécesseurs ont été amenés à interrompre momentanément toute communication - le marquis de Tseng, qui reconnaissait un jour que les Pavillons noirs étaient à la solde du roi de Thaï-Dac, mais que la Chine ne voulait pas s'en émouvoir et ne songeait pas à s'en plaindre pour ne pas se brouiller avec ce prince. Voilà, messieurs, la puissance militaire du suzerain qui s'étonne et qui tremble devant le vassal, devant un vassal dont nous avons eu l'occasion d'apprécier, dont nous connaissons par expérience les forces militaires. Messieurs, je n'insiste pas sur ces courtes observations qui suffiront peut-être pour rassurer, dans une certaine mesure du moins, le patriotisme alarmé de M. Delafosse. Nous ne pensons pas que la Chine songe à intervenir dans les affaires du Tonkin, parce qu'elle n'y a point d'intérêt. Son véritable intérêt, à l'heure qu'il est, et elle ne l'ignore pas, c'est de vivre avec nous en bons termes, c'est que le Tonkin ne soit pas un refuge toujours ouvert aux perturbateurs, aux aventuriers qui pullulent dans les provinces toujours agitées du midi de la Chine, dans le Kouang-Si, dans le Yunnan, qui se ressent encore de cette insurrection mahométane qui ne s'est terminée qu'il y a quelques années. (Rumeurs à gauche); ce n'est pas d'une bonne raison que M. Blancsubé prétend que la Chine d'aujourd'hui n'est pas du tout la Chine de 1860. M. Jules Delafosse. Sans doute, les Chinois sont toujours des Chinois... (On rit.) Un membre à droite. Mais les armes sont-elles les mêmes?.. Messieurs, le rappel de M. Bourée, notre agent à Pékin, a été motivé par les conditions qu'il avait acceptées et qui nous mettaient en voisinage trop direct avec la Chine. Il n'était plus question de reconnaître notre protectorat sur le Tonkin, il s'agissait de le partager. Et puis, messieurs, qu'est-ce que cette suzeraineté intermittente, qui sommeille, qui se réveille selon l'occasion? Nous avons pris possession de la Cochinchine, qui faisait partie de l'Annam, pour avoir pris possession de six provinces; la Chine n'a rien dit. Nous avons fait acte de guerre en Corée, la Chine n'a rien dit; nous lui avons notifié le traité de 1874 sur le moment, elle n'a rien dit, et lorsque beaucoup plus tard, elle a allégué qu'il existait entre elle et l'Annam un certain lien, dont les expressions de suzeraineté et de vassalité, empruntées à la langue féodale, sont bien imparfaites, ce n'est pas à nous, messieurs, que la Chine devait faire ces représentations, c'est son vassal qu'elle devait rappeler au souvenir et à l'accomplissement de ses obligations. Il y a, messieurs, certainement quelque avantage à ce que la Chine et la France ne soient pas en contact immédiat. Et c'est précisément parce que les conditions discutées et acceptées par notre agent à Pékin nous mettaient en voisinage trop direct avec la Chine qu'elles nous ont paru constituer un danger. Si la Chine, écoutant de funestes conseils, au lieu de résister aux excitations dont j'ai parlé tout à l'heure, y cédait momentanément, nous n'avons pas à craindre d'elle, j'en ai la conviction, et c'est le sentiment unanime de tous ceux qui l'ont parcourue, habitée, étudiée; nous n'avons pas à craindre une guerre directe, qui n'est ni dans ses idées, ni dans ses habitudes.
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Fold 936 16 Mai {CHAMBRE} Je sais bien que l'attitude de la Chine et même l'éventualité d'an confit avec elle n'in- quiète pas tout le monde. Ainsi l'honorable M. B'ancsuba a fait justice en deux lignes du fantôme chinois. Voici comment il s'ex- prime: La Chine n'a pas à intervenir dans les allaires qui ne la regardent pas. Elle ferait mieux de maintenir Fordre sur ses propres frontières. C'est tout! (On rit.) Il y a deux ans, j'avais posé la même ques- tion à M. le président du conseil, qui était alors M. Jules Ferry, comme aujourd'hui, et M. le président du conseil me répondit, non pas dans les mêmes termes, mais à peu près dans le même sens que M. Blanceubé. J'es père que sa diplomatie est un peu moins sommaire aujourd'hui, et je lui demande de vouloir bien nous dire quelles précautions il a prises, quelles garanties il peut nous offrir contre l'éventualité du danger que je viens de signaler. (Tiés bien à droite.) Je pourrais citer de nombreux faits, qui prouvent que la Chine suit d'un meil jaloux et presque hostile ce que nous faisons an Tonkin. Je pourrais parler des agressions qui ont en lieu en mare dernier contre notre corps d'oc cupation, et de certaines concentrations de troupes qui se font aujourd'hui aux frontières de Tonkin; mais je ne retiendrai qu'un inci- dent, parce qu'il a une importance particu- lière en cette question: je veux parler, mes- sieurs, de la disgrâce de Bourée. DÉBATS PARLEMENTAIRES M. Jules Delafosse. C'est précisément parce que l'armée chinoise d'aujourd'hui n'est pas l'armée chinoise de 1860, que je fais cette objection. Je sais bien que l'organisation mili- taire de la Chine est toujours défectueuse; je sais que son immense armée n'est aussi qu'une immense cohue, mais il est certain et vous ne devez pas l'ignorer, et le Gouvernement doit l'ignorer moins que personne, cette cohue il y a des troupes d'élite, organi. sées, disciplinées à Teuropéenne, armées de fusils à air rapide, de canons européens, et di- rigées par des instructeurs européens. que dans Année 1883 Aanée 1883 disposition toute la région minière, M. Paul Bert, Les armes ont changé, mais. Į agent en Chine, a été l'objet de commentes -à-dire industrielle, et notamment des gi- qui ont quelquefois manqué de justesse par les soldats sont les mêmes, ements de houille d'ane richesse extraordi- la raison qu'ils reposaient sur des faits mai maire qui ont été étudiés par M. Fuchs, dont connus ou peu exacts. Il serait fort exagéré a grande compagnie de navigation chinoise de dire, comme on l'a prétendu, que cet agent convoite depuis longtemps la possession et avait manqué à son devoir. It serait excessif qui devaient peut-être être cédés à une cer- de prétendre, comme le disait M. Delaforg ine puissance entre les mains de laquelle tout à l'heure, que son rappel ait eu le caracs auraient constitue un avantage singulier tère d'une disgrace. La vérité est que M. Bon. su profit de sa marine au détriment de la rée s'est engagé de bonne foi dans des négo- nétre. Enfin, messieurs, ces arrangements ciations qui sont devenues pour nous un em- aous mettaient en voisinage direct, en contact barras, at qui devaient rendre son action auprès immédiat avec la Chine. du gouvernement chinois à peu près inefficace et son maintien à Pékin tout à fait impossible. Trompé sans doute, trompé certainement par de faux rapports sur l'état du Tonkin, sur les forces qu'y avait envoyées la Chine, sur les desseins qu'on méditaît à la cour de Pâ- kin, M. Bourée, pour conjurer un danger sûrement imaginaire à ce moment, mais qui était, à ses yeux, très réel et même imminent, s'est engagé dans des négociatious avec le vice- roi de PS Tché-Li. Il a condaít ces négocia tions avec rapidité, même avec un peu de pré- cipitation, en vue d'un arrangement pour lequel il n'avait pas reçu d'instructions. Certe précipitation, d'ailleurs, messieurs, s'explique par la vivo impatience qu'éprouvait M. Bourée de conjurer un danger qui n'avait rien de réel, mais qui était, à ses yeux, redoutable. Je crois, messieurs, qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur cette question; il suffit de l'indi. quer. Mais il est entendu que la Chine possè le aujourd'hui des forces suffisantes pour susciter à la France les plus graves difficultés. Vous ferez, messieurs, à ces considérations la part qu'il vous plaira dans le vole que vous allez émettre. Je me contente de dire que de puis longtemps vous n'aurez pas pris de résolu tion de plus grave conséquence. (Très bien droite.) Telles foot, messieurs, les observations que j'avais à faire. Je n'ai pas la prétention d'avoir triomphé par ces critiques de la confiance que vous pouvez avoir dans l'expédition, mais le seul hut que je voulais atteindre, c'était l'a- mener le Gouvernement à préciser, à définir, à limiter, comme je l'ai dit en commençant, convie. Quant à F'œuvre à laquelle il nous Vous avez appris que notre agent diploma-moi, je suis résolu à ne voter le credit gai tique à Péko, M. Bourée, a été rappelé ou nous est demandé que si le Gouvernement avoué, j'ignore, encore quel est le genre nons démontre que l'expédition qu'il nous de disgrâce qui l'a frappé -parce qu'il avait propose est l'expression d'une politique rélé- signé avec le gouvernement chinois un traité chie, sure, avantageuse, et non la commence- ad referendum dont le cabinet actuel n'a pas ment d'une aventure. (Très bien! très bien ! et cru devoir ratifier les stipulations. Je ne dis pas que M. Boucée ait en raison de signer ce applaudissements à droite.j iraite, je ne dis pas que le Gouvernement at eu tort de mettre en diegrâce son agent dipio. matique; je ne suis pas renseigné... A gauche. Alors pourquoi en parlez-vong? (Rumeurs à droite.) M. Jules Delafosse. Je vais vous le dire. J'en parle pour deux raisons d'abord parce que je pense qu'à la veille d'une expédition qui peut entraîner un conflit avec la Chine, nous avons besoin d'être édifiés sur le caractère de ce traité, sur ses dispositions, sur les rai sons qu'a eues M. Bourés de la signer, et le Gouvernement de le désavouer. J'en parle aussi parce que si notre agent à Pékin à cru devoit signer un traité avec la Chine, c'est qu'apparemment la Chine s'intéresse d'une f.con toute particulière an Tonkin; et ei la Chine s'intéresse au Tonkin. j'ai le droit d'en conclure qu'il y a une chance de conflit. (Très bien ! à dro.te.) Je sais bien qu'une chance de guerre aves la Chine mutande pas tout le monde ici. I ne manque pas de gens en France, daus le Parlement et dans la presse, qui se conten- tent de hausser les épaules lorsqu'on leur parle de l'éventualité d'une guerre avec la Chine. M. le comte de Douville Maillefeu, 11 y a to quit M. le président. La parole est à M. le mi. Bistre des affaires étrangères. M. Challemel-Lacour, ministre des af faires étrangères. Messiears, l'honorable ora. teur qui descend de cette tribune m'a ouvert un champ que je n'ai nulement l'intention de parcourir, quant à présent, dans toute son éten. due, Les préoccupations qu'il a manifestées, fort naturelles en elles-mêmes, méritent assu- rément d'éue prises en considération, encore qu'elles soient peut-être un pen exagérées dans intention assez claire de prendre le Gou- vernement en faute ou d'ignorance ou d'im prévoyance. J'y réponds immédiatement, messieurs, en vous disant que les faits et les indicas dont M. Delafosse g'alarme ne nous paraissent pas à l'heure qu'il est de bature à causer de bien sérieuses inquiétudes. La Chine, ma ssieurs, est un vaste empire qui couvre une immense superficie, qui còm- prend une population innombrable, sais qui, par le principe même de sa civilisation, lequel piamo dernier rang le métier des armes... M. le comte de Douville-Maillefeu. C'est cela ! C'est, messieurs, le 29 décembre quo, par un télégramme asɛez court, la nature des nó. gociations dans lesquelles cet agent se tron- vait engagé, a été portée pour la première en indiquait, en quelques mots, les condi- fois à la connaissance du Gouvernement. I tions: ouverture da Yunnan, par la Chine,: commerce européen; reconnaissance de notre protectoras sur le Tonkin moyennant une délimitation nouvelle de la frontière; ga rantie réciproque de l'ordre de choses ainsi, établi. au Tout cela était, ou du moins nous a parn illusoire et dangereux; on croyait avoir assuré is paix on avait créé une source de conflits et de guerres. Aussi lorsque ces conditions transpirèrent, elles produisirent aussitôt dans tout l'Orient ane impression, dont le contre- coup se fit promptement sentir au Tonkin et en Cochin- chine Oa se demanda, et le département de la marine, interprète de l'opinion de nos natio- naux et des étrangers, nous fit part de cette impression, on se demanda ai la Franca ne se préparait pas à une nouvelle retraite plus désastreuse que la première. Je dois dé- clarer que le Gouvernement n'hésita pas un moment; il comprít qu'il lui était impossible de sanctionner de semblables conditions, d'en- trer dans une pareille politique, et qu'il de- vait le signifier par acte d'un caractère incon- tertable. Notre agent en Chine fut rappelé. Il se peut, messieurs, qu'un fonctionnaire de mérite, qu'an agent intelligent se trompe en soit trompé; il peut s'abuser par des mo- tifs qui font honneur à son patriotisme; mais peut arriver aussi qu'une telle erreur le rende impossible dans le poste qu'il occupait, | et incapable de servir utilement une politique et des idées dont il s'est gravement écarté. Il est assurément superflu, il est pres- Ces conditions n'avaient rien qui fût de na- que ridicule de répéter, messieurs, que nous ture à contrarier les desseins dont le gouver- ne méditons aucun desrein hostile contre la nement poursuivait dès lors la réalisation. L'ou Chine, que nous n'en voulons point à son ter- verture du Yanan par la Chine au commerces ritoire, que nous sommes tout disposés et européen, poavait être considérée comme an même parfaitement résolus à reconnaitro ses succès; la reconnaissance de notre protectorat droits véritables; que nous ne voulons pas sur le Tonkin, encore qu'il n'y eût aucona meme contester des prétentions qui, peut- raison de la demander au gouvernement chiêre, ne sont pas tout à fait incontestables; nois ni même de l'accepter de lai, pouvais condition, toutefois, que ces prétentions néanmoins être envisagée comme un avanaient pas pour effet de mettre en question tage, à condition que cette reconnaissance etnotre autorité légitime et des droits qui re- pour effet de couper court à l'envoi des bandes posent sur des traités. chinoises dans le Tonkin; une rectification de frontières pouvait êire commandée par la géographie et méritait, dans tous les cas, con sidération. DEBATS PARLEMENTAIRES 203 16 Mai [CHAMBRE] 937 des rapports que nous pouvions tolérer autre- fois, mais qu'à l'heure actuelle et en présence des prétentions de la Chine, des dispositions de l'Annam lui même, il uous est impossible de supporter. (Très bien! très bien !) La Chine a un autre rêve, moins vague, moins héroïque, mais non moins chimérique: c'est d'avoir un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent, qu'elle a dominés à une époque quelconque de son histoire, qu'elle a vaincus, sur le Ces prétentions, messieurs, elles sont peat- Stam, sur la Corée, sur la Birmanie, sur l'An- être pour la Chins un moyen de gouverne nam, sur le Tonkin, sur le Thibet, Sar le ment et, à ce titre-là, nous ne songeons pas Thibet, son droit est incontestable, il est ef- nous en alarmer. Nous espérons, nous per- fectif; sur les autres peuples que je viens &istons à espérer que la Chine résistera sa- d'énumérer, sur l'Annam en particulier, il est gement à des excitations dont l'origine est purement historique. C'est un droit idéal, qui connue et dont vous avez pu trouver récam - n'a jamais reçu, depuis quatre siècles et plus, ment l'écho dans les avertissements suspects, de sanction positive. dans les sombres prophéties qui remplissent Depuis le commencement du quinzième les journaux de plus d'un pays. Nous espérons giècle, l'Annam et le Tonkin se sont soustraits que la Chine résistera à ces excitations, je de- à l'autorité de la Chine, de telle sorte que le vrais dire que nous en sommes sûrs, car il ne droit da suzeraineté qu'elle s'arroge sur ce pays s'agit pas de conjectares, mais d'une conviction ressemble, ou pau s'en faut, à celui que l'An- qui repose sur des informations d'origines di- gleterre pourrait s'arroger sur la France en verses et toutes concordantes, anr des docu- invoquant les souvenirs de la guerre de Centments authentiques, de source chinoise, tom- ans Réclamations à droite), en invoquant le bas accldentellement entre nos mains, mais fait qu'un de ses rois a été sacré à Paris, que revêtus d'une autorité incontestable; celte con^, ses souverains ont longtemps pris ce titre... viction repose, messieurs, sur des déclarations M. le baron Reille. Cela n'a aucun rap- d'autant plus remarquables qu'elles provien- nent d'un homme évidemment prévenu, de port avec la question! M. Bourée lui-même, si frappé de ce qu'a d'im- posant l'empira chinois, si préoccupé de ses progrès, et qui cependant n'hésitait pas dans une dépêche récente à dire que, vu l'ént ac- tuel de la Chine, vu sa situation intérieure, inutile, à l'heure qu'il est, d'exposer devant en raison de maintes circonstances qu'il est vous, nous étions assurés de jouir jusqu'à non- vel ordre d'une sécurité relative. M. le prince de Léon. La comparaison est malheureuse. l'histoire. A gauche. C'est une comparaison tirée de M. le ministre, Mais je ne fais, messieurs, qu'une simple analogie qui peut être erronée, mais si cette analogie vous paraît fausse et vous touche pen, j'aurai l'honneur de vous présenter d'auires arguments. Voix à droite. Cela vaudra mieux ! Un membre à droite. Parlez-nous plutôt de la doctrine de Manroë, M. le ministre. Messieurs, puisqu'il te faut, j'entrerai dans le détail et je demanderai si l'on croit que les cadeaux que l'empereur d'Annam, car c'est le titre qu'il se donne, at ce n'est guère celui qui convient à un vas sal quoiqu'il convienne quelquefois à un pri Bonnier; - (Sourires à gauche et au centre) je demande si ces cadeaux que l'empereur d'Annam envole non pas à l'empereur de la Chine, mais an Fils du ciel, qui sont reçus non pas par le ministère des affaires étran– gères, au Tsong-ly-Yamen, mais par le mi nistère des rites, et auxquels Tempereur de la Chine répond par d'autres presents plus considérables, vous paraissent une dé- Mais si la Chine, parfaitement rassurée inonstration suffisante de rapports de suzerai- sur nos desseins, n'ayant rien à craindre pour neté et de vassalité qui existeraient entre elle-même, invoque on fait invoquer des deux pays, ou bien si ce n'est pas simplement droits, de prétendus droits, et qu'elle veuille un signe de courtoisie, un hommage intéressé en tirer des conséquences incompatibles avec rendu par le faible au fort qu'il veut se conci- ceux qui nous sont conférés par des traités,lier, ou dont, quelquefois, il vent se faire un auxiliaire contre un autre ennemi, es cet ennemi, c'est nous. (C'est cela Tròs bien! sur divers bancs) Pour toutes ces raisons, M. Duchere donné un assentiment, d'ailleurs fort réservé, au conditions qui lui étaient soumises. Par maloh! alore, quelque désir que nous avons heur les indications sommaires du télégramme de complaire au Céleste empire, quelque sou- n'étaient pas suffisantes pour lai donner une cieux que nous soyons de témoigner de nos idée exacte de la nature des négociations dans bonnes dispositions à son égard, il ne nous lesquelles notre agent se trouvait engagé est pas possible de nous incliner devant ses ré-veraineté intermittente, qui sommeille, qui se des conditions qu'il avait à peu près consea clamations. (Très bien! très bien à gauche et ties. Aussi lorsque arrivèrent les dépêche centre.) explicativos de M. Bourée, dans lesquelles i Il faut que vous sachiez quelles sont les faisait connaître avec détail les bases de prétentions du gouvernement chinois. transactions, on reconnat qu'au lien de cons- tituer un saccès, elles étaient un démes dont il se nourrit, qui est quelquefois le res- Tout people, tout grand empire a son rêve, donné à nos déclarations formelles, un véria Fort de son action, souvent le principe de sa abandon de la politique que nous avions adopgrandeur. Le rêve de la Chine, c'est d'être en tée; elles se trouvaient en contradition possession d'un droit de suzeraineté sur tou politique le maintien de nos droits conves de l'Occident. (C'est cela! à gauche. Ru- Mais, messieurs, avant de vous donner lestionnels et de l'indépendance de l'Annam. meurs à droite.) raisons de cette conviction, je dois répondre à Un membre à droits. Ce n'est pas sérieux. nae objection que l'honorable M. Dalafosse a sommairement indiqués : A supposer que M. le ministre. Ce rêve a été plus d'ane M. Paul Bert, Les Chinois sont toujours l'immixtion de la Chine dans les affaires "du fois interroupa par de pénibles réveils; il a Torkin ne soit pas à redouter, des arrange- Tegu plus d'on démenti, et cependant cette ments vous ont été proposés qui étaient de prétention, quoique ta Chine ne l'énonce plus nature à écarter toate inquiétude, et même à au nord de laquelle de vastes territoires de rarement et avec réserve, subsiste encore, vous assurer son concours. Pourquoi les avez- vaient être placés sous Finspection, sous il lui est difficile d'y renoncer sans porter vous repoussés ? » protectoras de l'empire chinois; de telle sorteinte à son autorité sur ses peuples. que par ce seul fait, la China se trouvait ave M. Jules Delafosse. C'est une posture héroïque, dira M. le président du conseil... politique. M. le ministre des affaires étrangères. ...ne sera jamais une puissance militaire. Nous ne pensons pas que les prétentions qu'elle a élevées et qui vous sont connues ractère purement platonique, Ces affirmations reposent aussi sur cer- tains aveux d'un diplomate éclairé, avec lequel nous avons été, ou plutôt mes prědé- cesseurs ont été amenés à interrompra mo- mentanément toute communication le mar- quis de Tseng, qui reconnaissait un jour que les Pavillons noirs étaient à la solde du roi Ta- Dac, mais que la Chice ne voulait pas s'en émouvoir et ne songeait pas à s'en plaindre pour ne pas se brouiller avec ce prince. it Voilà, messieurs, la puiɛɛɛnce militaire du suzerain qui s'étonne et qui tremble devant le vassal, devant un vassal dont nous avons eu l'occasion d'apprécier, dont nous connaissons par expérience les forces militaires. observations qui sufront peut-être pour rag. Messieurs, je n'insisto pas sur ces courtes aurir, dans une certaine mesure du moins, le patriotisme alarmé de M. Delafosse. Nous ne pensons pas que la Chine songe à qu'elle n'y a point d'intérêt. Son véritable intervenir dans les affaires du Tonkin, parce- intérêt, à l'heure qu'il est, et elle ne l'ignore, pas, c'est de vivre avec nous en bons termes, c'est que le Tonkin ne soit pas un refuge toujours ouvert aux perturbateurs, aux aveli- turiers qui pullulent dans les provinces toa- jours agitées du midi de la Chine, (Très bien ! très bient) dans le Kouang. Si, encore couvert des ruines qu'y ont accumulé les Taipings, et dans la Yunnan, qui se ressent encore de cette insurrection matiométana qui ne s'est termis née qu'il y a quelques années. (Runieurs à gauche); ce n'est pas d'une bonne prennent jamais un autre caractère qu'un ca- { solue avec le principe fondamental de cetes les nations sans en excepter les barbares lien de natare inconnue, et pour la définition danger véritable. S'il était nécessaire de dis- Messieurs, quoi qu'en dise M. Blancaubé, la Chine d'aujourd'hui n'est pas du tout la Chine de 1860. les mêmes. M. Jules Delafosse. Sans doute, les Chi- nois sont toujours des Chinois... (On rit.) Un membre à droite. Mais les armes, sont- eles les mêmes?.. Messieurs, le rappel de M. Bourée, notre | Ainsi, il ne s'agissait plus simplement reconnaître notre protectorat sur le Tonkin, i e'agissait de le partager. Il n'était plus ques tion d'opérer une rectification de fronti mais de tracer entre le fleuve Rouge et frontière actuelle de la Chine une ligne ide | Et puis, messieurs, qu'est-ce que cette sou réveille selon l'occasion? Nous avons pris possession de la Cochinchine, qui faisait partie de l'Annam, pour avoir pris possession de Il y a, messieurs, certainement quelque six provinces, la Chine n'a rien dit nous avantage à ce que la Chine et la France ne avons fait acte de guerre en Corée, la Chine soient pas en contact immédiat. Et c'est pré- n'a rien dit; nous lui avons notifié le traité cisément parce que les conditions discutées de 1874 sur le moment, elle n'a rien dit, at et acceptées par notre agent à Pékin nous loreque beaucoup plus tard, elle a allégué mettaient en voisinage trop direct avec la qu'il existait entre elle et l'Annam an certain Chine qu'elles nous ont para constituer un duquel les expressions de suzeraineté et de cuter quelque jour avec la Ühine quelque rec- vassalité, empruntées à la langus féodale, tification de frontières, nous sommes disposés sont bien imparfaites, ce n'est pas à nous, à le faire sur un pied parfaitement amical. Si messieurs, que la Chine devait faire ces re- la Chine, écoutant de funestes conseils, au présentations, c'est son vassal qu'elle devait lieu de résister aux excitations dont j'ai parlé rappeler au souvenir et à l'accomplissement tout à l'heure, y cédait momentanément, nous de ses obligations, de même que c'est à nous, n'avons pas à craindre d'elle, j'en ai la con- à l'heure qu'il est, de rappeler le gouverno-viction, et c'est le sentiment unanime de tous ment de Mué à l'accomplissement de ses en- ceux qui l'ont parcouree, habitée, étadiés, i gagements à notre égard. C'est à Hué que nous n'avons pas à craindre une guerre directe, nous devons parler pour mettre un terme à qui n'est ni dans ses idées, xi dans ses habita-
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{CHAMBRE}

Je sais bien que l'attitude de la Chine et même l'éventualité d'an confit avec elle n'in- quiète pas tout le monde. Ainsi l'honorable M. B'ancsuba a fait justice en deux lignes du fantôme chinois. Voici comment il s'ex- prime:

La Chine n'a pas à intervenir dans les allaires qui ne la regardent pas. Elle ferait mieux de maintenir Fordre sur ses propres frontières. C'est tout! (On rit.)

Il y a deux ans, j'avais posé la même ques- tion à M. le président du conseil, qui était alors M. Jules Ferry, comme aujourd'hui, et M. le président du conseil me répondit, non pas dans les mêmes termes, mais à peu près dans le même sens que M. Blanceubé. J'es père que sa diplomatie est un peu moins sommaire aujourd'hui, et je lui demande de vouloir bien nous dire quelles précautions il a prises, quelles garanties il peut nous offrir contre l'éventualité du danger que je viens de signaler. (Tiés bien à droite.)

Je pourrais citer de nombreux faits, qui prouvent que la Chine suit d'un meil jaloux et presque hostile ce que nous faisons an Tonkin. Je pourrais parler des agressions qui ont en lieu en mare dernier contre notre corps d'oc cupation, et de certaines concentrations de troupes qui se font aujourd'hui aux frontières de Tonkin; mais je ne retiendrai qu'un inci- dent, parce qu'il a une importance particu- lière en cette question: je veux parler, mes- sieurs, de la disgrâce de Bourée.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

M. Jules Delafosse. C'est précisément parce que l'armée chinoise d'aujourd'hui n'est pas l'armée chinoise de 1860, que je fais cette objection. Je sais bien que l'organisation mili- taire de la Chine est toujours défectueuse; je sais que son immense armée n'est aussi qu'une immense cohue, mais il est certain et vous ne devez pas l'ignorer, et le Gouvernement doit l'ignorer moins que personne, cette cohue il y a des troupes d'élite, organi. sées, disciplinées à Teuropéenne, armées de fusils à air rapide, de canons européens, et di- rigées par des instructeurs européens.

que dans

Année 1883

Aanée 1883

disposition toute la région minière, M. Paul Bert, Les armes ont changé, mais. Į agent en Chine, a été l'objet de commentes -à-dire industrielle, et notamment des gi-

qui ont quelquefois manqué de justesse par les soldats sont les mêmes,

ements de houille d'ane richesse extraordi- la raison qu'ils reposaient sur des faits mai

maire qui ont été étudiés par M. Fuchs, dont connus ou peu exacts. Il serait fort exagéré a grande compagnie de navigation chinoise de dire, comme on l'a prétendu, que cet agent convoite depuis longtemps la possession et avait manqué à son devoir. It serait excessif qui devaient peut-être être cédés à une cer- de prétendre, comme le disait M. Delaforg ine puissance entre les mains de laquelle tout à l'heure, que son rappel ait eu le caracs auraient constitue un avantage singulier tère d'une disgrace. La vérité est que M. Bon. su profit de sa marine au détriment de la rée s'est engagé de bonne foi dans des négo- nétre. Enfin, messieurs, ces arrangements ciations qui sont devenues pour nous un em- aous mettaient en voisinage direct, en contact barras, at qui devaient rendre son action auprès immédiat avec la Chine. du gouvernement chinois à peu près inefficace et son maintien à Pékin tout à fait impossible. Trompé sans doute, trompé certainement par de faux rapports sur l'état du Tonkin, sur les forces qu'y avait envoyées la Chine, sur les desseins qu'on méditaît à la cour de Pâ- kin, M. Bourée, pour conjurer un danger sûrement imaginaire à ce moment, mais qui était, à ses yeux, très réel et même imminent, s'est engagé dans des négociatious avec le vice- roi de PS Tché-Li. Il a condaít ces négocia • tions avec rapidité, même avec un peu de pré- cipitation, en vue d'un arrangement pour lequel il n'avait pas reçu d'instructions. Certe précipitation, d'ailleurs, messieurs, s'explique par la vivo impatience qu'éprouvait M. Bourée de conjurer un danger qui n'avait rien de réel, mais qui était, à ses yeux, redoutable.

Je crois, messieurs, qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur cette question; il suffit de l'indi. quer. Mais il est entendu que la Chine possè le aujourd'hui des forces suffisantes pour susciter à la France les plus graves difficultés.

Vous ferez, messieurs, à ces considérations la part qu'il vous plaira dans le vole que vous allez émettre. Je me contente de dire que de puis longtemps vous n'aurez pas pris de résolu tion de plus grave conséquence. (Très bien là droite.)

Telles foot, messieurs, les observations que j'avais à faire. Je n'ai pas la prétention d'avoir triomphé par ces critiques de la confiance que vous pouvez avoir dans l'expédition, mais le seul hut que je voulais atteindre, c'était l'a- mener le Gouvernement à préciser, à définir, à limiter, comme je l'ai dit en commençant, convie. Quant à F'œuvre à laquelle il nous Vous avez appris que notre agent diploma-moi, je suis résolu à ne voter le credit gai tique à Péko, M. Bourée, a été rappelé ou

nous est demandé que si le Gouvernement dé avoué, j'ignore, encore quel est le genre

nons démontre que l'expédition qu'il nous de disgrâce qui l'a frappé -parce qu'il avait

propose est l'expression d'une politique rélé- signé avec le gouvernement chinois un traité

chie, sure, avantageuse, et non la commence- ad referendum dont le cabinet actuel n'a pas

ment d'une aventure. (Très bien! très bien ! et cru devoir ratifier les stipulations. Je ne dis pas que M. Boucée ait en raison de signer ce applaudissements à droite.j iraite, je ne dis pas que le Gouvernement at eu tort de mettre en diegrâce son agent dipio. matique; je ne suis pas renseigné...

A gauche. Alors pourquoi en parlez-vong? (Rumeurs à droite.)

M. Jules Delafosse. Je vais vous le dire. J'en parle pour deux raisons d'abord parce que je pense qu'à la veille d'une expédition qui peut entraîner un conflit avec la Chine, nous avons besoin d'être édifiés sur le caractère de ce traité, sur ses dispositions, sur les rai sons qu'a eues M. Bourés de la signer, et le Gouvernement de le désavouer. J'en parle aussi parce que si notre agent à Pékin à cru devoit signer un traité avec la Chine, c'est qu'apparemment la Chine s'intéresse d'une f.con toute particulière an Tonkin; et ei la Chine s'intéresse au Tonkin. j'ai le droit d'en conclure qu'il y a là une chance de conflit. (Très bien ! à dro.te.)

Je sais bien qu'une chance de guerre aves la Chine mutande pas tout le monde ici. I ne manque pas de gens en France, daus le Parlement et dans la presse, qui se conten- tent de hausser les épaules lorsqu'on leur parle de l'éventualité d'une guerre avec la Chine.

M. le comte de Douville Maillefeu, 11 y a to quit

M. le président. La parole est à M. le mi. Bistre des affaires étrangères.

M. Challemel-Lacour, ministre des af faires étrangères. Messiears, l'honorable ora. teur qui descend de cette tribune m'a ouvert un champ que je n'ai nulement l'intention de parcourir, quant à présent, dans toute son éten. due, Les préoccupations qu'il a manifestées, fort naturelles en elles-mêmes, méritent assu- rément d'éue prises en considération, encore qu'elles soient peut-être un pen exagérées dans intention assez claire de prendre le Gou- vernement en faute ou d'ignorance ou d'im prévoyance.

J'y réponds immédiatement, messieurs, en vous disant que les faits et les indicas dont M. Delafosse g'alarme ne nous paraissent pas à l'heure qu'il est de bature à causer de bien sérieuses inquiétudes.

La Chine, ma ssieurs, est un vaste empire qui couvre une immense superficie, qui còm- prend une population innombrable, sais qui, par le principe même de sa civilisation, lequel piamo aŭ dernier rang le métier des armes...

M. le comte de Douville-Maillefeu. C'est

cela !

C'est, messieurs, le 29 décembre quo, par un télégramme asɛez court, la nature des nó. gociations dans lesquelles cet agent se tron- vait engagé, a été portée pour la première en indiquait, en quelques mots, les condi- fois à la connaissance du Gouvernement. I

tions: ouverture da Yunnan, par la Chine,: commerce européen; reconnaissance de notre protectoras sur le Tonkin moyennant une délimitation nouvelle de la frontière; ga rantie réciproque de l'ordre de choses ainsi, établi.

au

Tout cela était, ou du moins nous a parn illusoire et dangereux; on croyait avoir assuré is paix on avait créé une source de conflits et de guerres.

Aussi lorsque ces conditions transpirèrent, elles produisirent aussitôt dans tout l'Orient ane impression, dont le contre- coup se fit promptement sentir au Tonkin et en Cochin- chine Oa se demanda, et le département de la marine, interprète de l'opinion de nos natio- naux et des étrangers, nous fit part de cette impression, on se demanda ai la Franca ne se préparait pas à une nouvelle retraite plus désastreuse que la première. Je dois dé- clarer que le Gouvernement n'hésita pas un moment; il comprít qu'il lui était impossible de sanctionner de semblables conditions, d'en- trer dans une pareille politique, et qu'il de- vait le signifier par acte d'un caractère incon- tertable. Notre agent en Chine fut rappelé.

Il se peut, messieurs, qu'un fonctionnaire de mérite, qu'an agent intelligent se trompe en soit trompé; il peut s'abuser par des mo- tifs qui font honneur à son patriotisme; mais peut arriver aussi qu'une telle erreur le rende impossible dans le poste qu'il occupait, | et incapable de servir utilement une politique et des idées dont il s'est gravement écarté.

Il est assurément superflu, il est pres- Ces conditions n'avaient rien qui fût de na- que ridicule de répéter, messieurs, que nous ture à contrarier les desseins dont le gouver- ne méditons aucun desrein hostile contre la nement poursuivait dès lors la réalisation. L'ou Chine, que nous n'en voulons point à son ter- verture du Yanan par la Chine au commerces ritoire, que nous sommes tout disposés et européen, poavait être considérée comme an même parfaitement résolus à reconnaitro ses succès; la reconnaissance de notre protectorat droits véritables; que nous ne voulons pas sur le Tonkin, encore qu'il n'y eût aucona meme contester des prétentions qui, peut- raison de la demander au gouvernement chiêre, ne sont pas tout à fait incontestables; nois ni même de l'accepter de lai, pouvais condition, toutefois, que ces prétentions néanmoins être envisagée comme un avanaient pas pour effet de mettre en question tage, à condition que cette reconnaissance etnotre autorité légitime et des droits qui re- pour effet de couper court à l'envoi des bandes posent sur des traités. chinoises dans le Tonkin; une rectification de frontières pouvait êire commandée par la géographie et méritait, dans tous les cas, con

sidération.

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des rapports que nous pouvions tolérer autre- fois, mais qu'à l'heure actuelle et en présence des prétentions de la Chine, des dispositions de l'Annam lui même, il uous est impossible de supporter. (Très bien! très bien !)

La Chine a un autre rêve, moins vague, moins héroïque, mais non moins chimérique: c'est d'avoir un droit de suzeraineté sur tous les peuples de race jaune qui l'entourent, qu'elle a dominés à une époque quelconque de son histoire, qu'elle a vaincus, sur le

Ces prétentions, messieurs, elles sont peat- Stam, sur la Corée, sur la Birmanie, sur l'An-

être pour la Chins un moyen de gouverne nam, sur le Tonkin, sur le Thibet, Sar le

ment et, à ce titre-là, nous ne songeons pas Thibet, son droit est incontestable, il est ef- nous en alarmer. Nous espérons, nous per- fectif; sur les autres peuples que je viens &istons à espérer que la Chine résistera sa- d'énumérer, sur l'Annam en particulier, il est

gement à des excitations dont l'origine est purement historique. C'est un droit idéal, qui

connue et dont vous avez pu trouver récam - n'a jamais reçu, depuis quatre siècles et plus, ment l'écho dans les avertissements suspects, de sanction positive.

dans les sombres prophéties qui remplissent Depuis le commencement du quinzième les journaux de plus d'un pays. Nous espérons giècle, l'Annam et le Tonkin se sont soustraits

que la Chine résistera à ces excitations, je de- à l'autorité de la Chine, de telle sorte que le vrais dire que nous en sommes sûrs, car il ne droit da suzeraineté qu'elle s'arroge sur ce pays s'agit pas de conjectares, mais d'une conviction ressemble, ou pau s'en faut, à celui que l'An- qui repose sur des informations d'origines di- gleterre pourrait s'arroger sur la France en verses et toutes concordantes, anr des docu- invoquant les souvenirs de la guerre de Centments authentiques, de source chinoise, tom- ans Réclamations à droite), en invoquant le bas accldentellement entre nos mains, mais fait qu'un de ses rois a été sacré à Paris, que revêtus d'une autorité incontestable; celte con^, ses souverains ont longtemps pris ce titre... viction repose, messieurs, sur des déclarations

M. le baron Reille. Cela n'a aucun rap-

d'autant plus remarquables qu'elles provien- nent d'un homme évidemment prévenu, de port avec la question!

M. Bourée lui-même, si frappé de ce qu'a d'im- posant l'empira chinois, si préoccupé de ses progrès, et qui cependant n'hésitait pas dans une dépêche récente à dire que, vu l'ént ac- tuel de la Chine, vu sa situation intérieure, inutile, à l'heure qu'il est, d'exposer devant en raison de maintes circonstances qu'il est

vous, nous étions assurés de jouir jusqu'à non- vel ordre d'une sécurité relative.

M. le prince de Léon. La comparaison est malheureuse.

l'histoire.

A gauche. C'est une comparaison tirée de

M. le ministre, Mais je ne fais, messieurs, qu'une simple analogie qui peut être erronée, mais si cette analogie vous paraît fausse et vous touche pen, j'aurai l'honneur de vous présenter d'auires arguments.

Voix à droite. Cela vaudra mieux ! Un membre à droite. Parlez-nous plutôt de la doctrine de Manroë,

M. le ministre. Messieurs, puisqu'il te faut, j'entrerai dans le détail et je demanderai si l'on croit que les cadeaux que l'empereur d'Annam, car c'est le titre qu'il se donne, at ce n'est guère celui qui convient à un vas sal quoiqu'il convienne quelquefois à un pri Bonnier; - (Sourires à gauche et au centre) je demande si ces cadeaux que l'empereur d'Annam envole non pas à l'empereur de la Chine, mais an Fils du ciel, qui sont reçus non pas par le ministère des affaires étran– gères, au Tsong-ly-Yamen, mais par le mi nistère des rites, et auxquels Tempereur de la Chine répond par d'autres presents plus considérables, vous paraissent une dé- Mais si la Chine, parfaitement rassurée inonstration suffisante de rapports de suzerai- sur nos desseins, n'ayant rien à craindre pour neté et de vassalité qui existeraient entre elle-même, invoque on fait invoquer des deux pays, ou bien si ce n'est pas simplement droits, de prétendus droits, et qu'elle veuille un signe de courtoisie, un hommage intéressé en tirer des conséquences incompatibles avec rendu par le faible au fort qu'il veut se conci- ceux qui nous sont conférés par des traités,lier, ou dont, quelquefois, il vent se faire un auxiliaire contre un autre ennemi, es cet ennemi, c'est nous. (C'est cela Tròs bien! sur divers bancs)

Pour toutes ces raisons, M. Duchere donné un assentiment, d'ailleurs fort réservé, au conditions qui lui étaient soumises. Par maloh! alore, quelque désir que nous avons heur les indications sommaires du télégramme de complaire au Céleste empire, quelque sou- n'étaient pas suffisantes pour lai donner une cieux que nous soyons de témoigner de nos idée exacte de la nature des négociations dans bonnes dispositions à son égard, il ne nous lesquelles notre agent se trouvait engagé est pas possible de nous incliner devant ses ré-veraineté intermittente, qui sommeille, qui se des conditions qu'il avait à peu près consea clamations. (Très bien! très bien à gauche et ties. Aussi lorsque arrivèrent les dépêche centre.) explicativos de M. Bourée, dans lesquelles i

Il faut que vous sachiez quelles sont les faisait connaître avec détail les bases de prétentions du gouvernement chinois. transactions, on reconnat qu'au lien de cons- tituer un saccès, elles étaient un démes dont il se nourrit, qui est quelquefois le res- Tout people, tout grand empire a son rêve, donné à nos déclarations formelles, un véria Fort de son action, souvent le principe de sa abandon de la politique que nous avions adopgrandeur. Le rêve de la Chine, c'est d'être en tée; elles se trouvaient en contradition possession d'un droit de suzeraineté sur tou politique le maintien de nos droits conves de l'Occident. (C'est cela! à gauche. Ru- Mais, messieurs, avant de vous donner lestionnels et de l'indépendance de l'Annam.

meurs à droite.) raisons de cette conviction, je dois répondre à

Un membre à droits. Ce n'est pas sérieux. nae objection que l'honorable M. Dalafosse a sommairement indiqués : • A supposer que

M. le ministre. Ce rêve a été plus d'ane M. Paul Bert, Les Chinois sont toujours l'immixtion de la Chine dans les affaires "du

fois interroupa par de pénibles réveils; il a Torkin ne soit pas à redouter, des arrange-

Tegu plus d'on démenti, et cependant cette ments vous ont été proposés qui étaient de

prétention, quoique ta Chine ne l'énonce plus nature à écarter toate inquiétude, et même à au nord de laquelle de vastes territoires de rarement et avec réserve, subsiste encore, vous assurer son concours. Pourquoi les avez- vaient être placés sous Finspection, sous il lui est difficile d'y renoncer sans porter vous repoussés ? »

protectoras de l'empire chinois; de telle sorteinte à son autorité sur ses peuples. que par ce seul fait, la China se trouvait ave

M. Jules Delafosse. C'est une posture héroïque, dira M. le président du conseil...

politique.

M. le ministre des affaires étrangères. ...ne sera jamais une puissance militaire.

Nous ne pensons pas que les prétentions qu'elle a élevées et qui vous sont connues

ractère purement platonique,

Ces affirmations reposent aussi sur cer- tains aveux d'un diplomate éclairé, avec lequel nous avons été, ou plutôt mes prědé- cesseurs ont été amenés à interrompra mo- mentanément toute communication le mar- quis de Tseng, qui reconnaissait un jour que les Pavillons noirs étaient à la solde du roi Ta- Dac, mais que la Chice ne voulait pas s'en émouvoir et ne songeait pas à s'en plaindre pour ne pas se brouiller avec ce prince.

it Voilà, messieurs, la puiɛɛɛnce militaire du suzerain qui s'étonne et qui tremble devant le vassal, devant un vassal dont nous avons eu l'occasion d'apprécier, dont nous connaissons par expérience les forces militaires.

observations qui sufront peut-être pour rag. Messieurs, je n'insisto pas sur ces courtes aurir, dans une certaine mesure du moins, le patriotisme alarmé de M. Delafosse.

Nous ne pensons pas que la Chine songe à qu'elle n'y a point d'intérêt. Son véritable intervenir dans les affaires du Tonkin, parce- intérêt, à l'heure qu'il est, et elle ne l'ignore, pas, c'est de vivre avec nous en bons termes, c'est que le Tonkin ne soit pas un refuge toujours ouvert aux perturbateurs, aux aveli- turiers qui pullulent dans les provinces toa- jours agitées du midi de la Chine, (Très bien ! très bient) dans le Kouang. Si, encore couvert des ruines qu'y ont accumulé les Taipings, et dans la Yunnan, qui se ressent encore de cette insurrection matiométana qui ne s'est termis née qu'il y a quelques années.

(Runieurs à gauche); ce n'est pas d'une bonne prennent jamais un autre caractère qu'un ca- { solue avec le principe fondamental de cetes les nations sans en excepter les barbares lien de natare inconnue, et pour la définition danger véritable. S'il était nécessaire de dis-

Messieurs, quoi qu'en dise M. Blancaubé, la Chine d'aujourd'hui n'est pas du tout la Chine de 1860.

les mêmes.

M. Jules Delafosse. Sans doute, les Chi- nois sont toujours des Chinois... (On rit.)

Un membre à droite. Mais les armes, sont- eles les mêmes?..

Messieurs, le rappel de M. Bourée, notre

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Ainsi, il ne s'agissait plus simplement reconnaître notre protectorat sur le Tonkin, i e'agissait de le partager. Il n'était plus ques tion d'opérer une rectification de fronti mais de tracer entre le fleuve Rouge et frontière actuelle de la Chine une ligne ide

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Et puis, messieurs, qu'est-ce que cette sou réveille selon l'occasion? Nous avons pris possession de la Cochinchine, qui faisait partie de l'Annam, pour avoir pris possession de Il y a, messieurs, certainement quelque six provinces, la Chine n'a rien dit nous avantage à ce que la Chine et la France ne avons fait acte de guerre en Corée, la Chine soient pas en contact immédiat. Et c'est pré- n'a rien dit; nous lui avons notifié le traité cisément parce que les conditions discutées de 1874 sur le moment, elle n'a rien dit, at et acceptées par notre agent à Pékin nous loreque beaucoup plus tard, elle a allégué mettaient en voisinage trop direct avec la qu'il existait entre elle et l'Annam an certain Chine qu'elles nous ont para constituer un duquel les expressions de suzeraineté et de cuter quelque jour avec la Ühine quelque rec- vassalité, empruntées à la langus féodale, tification de frontières, nous sommes disposés sont bien imparfaites, ce n'est pas à nous, à le faire sur un pied parfaitement amical. Si messieurs, que la Chine devait faire ces re- la Chine, écoutant de funestes conseils, au présentations, c'est son vassal qu'elle devait lieu de résister aux excitations dont j'ai parlé rappeler au souvenir et à l'accomplissement tout à l'heure, y cédait momentanément, nous de ses obligations, de même que c'est à nous, n'avons pas à craindre d'elle, j'en ai la con- à l'heure qu'il est, de rappeler le gouverno-viction, et c'est le sentiment unanime de tous ment de Mué à l'accomplissement de ses en- ceux qui l'ont parcouree, habitée, étadiés, i gagements à notre égard. C'est à Hué que nous n'avons pas à craindre une guerre directe, nous devons parler pour mettre un terme à qui n'est ni dans ses idées, xi dans ses habita-

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